Biographie

Mr Schaka raconte sa propre vie : une fibrose pulmonaire, une polyarthrite, et l’envie de vivre pleinement malgré tout. Deux livres vrais, l’un en voyage en Thaïlande, l’autre en témoignage.

En 2020, un pneumologue lui a donné un chiffre : cinq ans. Fibrose pulmonaire interstitielle. Le tissu des poumons cicatrise, se rigidifie, et chaque respiration coûte un peu plus que la précédente. La polyarthrite rhumatoïde s’y est ajoutée. Les mains, les poignets, les genoux. Les matins où se lever est déjà un travail.

Aucun traitement. Aucun miracle à attendre d’une ordonnance. Un contrôle une fois par an au CHU de Liège, et un chiffre qui baisse doucement. Il aurait pu en faire un combat. Il en a fait une donnée. Non par résignation : parce qu’un combat occupe toute la place, et qu’il préfère garder la sienne pour autre chose. La maladie a simplement ôté le superflu.

Il y a les mots qu’il n’emploie pas. Pas de « bataille », pas de « courage ». Un suivi, des chiffres, des saisons. Et il y a le reste : tout ce que la maladie n’a pas pris.

La réponse a été un billet d’avion. Trois mois en Thaïlande, non pas pour se reposer, mais pour dépenser ce qui restait. D’abord avec Gabriel, son meilleur ami : les nuits de Khao San, les tigres et le billard de Pattaya. Puis avec Chu, celle qu’il aime : Bangkok, où il l’attend chaque soir dans le hall de l’hôpital Saint-Louis, les plages de Koh Samui, et l’Isan, où une famille l’accueille et où l’on dîne sur une barque au milieu d’un lac.

Il y a les temples, la chaleur, les coutumes qu’on apprend en riant. Et il y a les marches. On les compte une par une, à Bangkok comme à Liège. Ce n’est pas une image : c’est une manière de marcher, de s’arrêter avant l’essoufflement, de repartir. La maladie ne se voit pas ; elle se mesure. Elle impose un rythme. Ce rythme, à force, devient une façon de regarder.

Il y a aussi l’eau. À Koh Samui comme dans une piscine de Bangkok, c’est le seul endroit où le corps cesse d’être un poids : on n’y compte plus les marches, on flotte, on respire sans y penser. L’eau qui le porte, l’amour des siens : ce sont les deux choses qui tiennent.

De ce voyage est né La Saison du souffle : « Il lui restait du souffle. Il est parti le dépenser en Thaïlande. » Un récit vrai, drôle, lumineux, où l’on rit plus souvent qu’on ne pleure — parce que c’est ainsi que la vie continue : par les repas, les rencontres, les détours, une blague de Gabriel, un silence de Chu.

Puis il y a eu Je respire encore. « En 2020, on m’a parlé de cinq ans. Six ans plus tard, je respire encore. » Le ton change, pas la voix. Dix chapitres de témoignage ; ce que disent vraiment les études sur la douleur, le sommeil, l’anxiété, la fibrose ; un lexique de trente-trois mots médicaux expliqués simplement ; vingt et une sources, avec leurs liens DOI, pour ceux qui veulent vérifier. Et une plante, qu’on regarde encore de travers, qu’il a choisie comme médicament, avec l’accord de son pneumologue — sans jamais en faire une promotion : le livre le dit, et rappelle qu’il n’est ni un avis médical ni une incitation.

Ce n’est pas un livre de conseils. C’est un livre de vie, avec ses chiffres et ses doutes. Il a été écrit pour les malades, pour leurs proches, et pour tous ceux qui refusent de baisser les bras — sans jamais promettre que ce sera facile.

Il l’a dit sur ce site : quand la vie oblige à ralentir, l’écriture sert à garder ses projets vivants. Écrire n’est pas un refuge. C’est un travail de précision : choisir le mot qui fait gagner une respiration, couper la phrase qui n’apporte rien. Un souffle compté oblige à des phrases courtes.

Mr Schaka vit entre Liège et Bangkok. Le partage n’est pas une coquetterie, c’est une méthode. À Liège, il y a Le Carnet d’Oscar, quatre enquêtes dans les rues et les escaliers de la ville, jusqu’aux rives de la Vesdre. En Thaïlande, il y a les guides — Bangkok, Pattaya, Hua Hin, Chiang Mai, l’Isan, les îles — et l’application Thaïlande en poche, neuf destinations, cinq langues, utilisable hors connexion.

Liège se mérite à pied : des pentes, des escaliers, des quartiers entiers qui tiennent debout par habitude. Les enquêtes du Carnet d’Oscar y trouvent leur décor naturel. Et l’on y retrouve le regard des guides : une ville ne se raconte pas par ses monuments, mais par ce qu’on y fait à six heures du matin.

D’un lieu à l’autre, la même attention : un marché, une lumière qui tombe trop vite, un seuil qu’on franchit. Il écrit comme on retient son souffle — non par peur de le perdre, mais pour ne pas gâcher celui qu’on a.

Rien, dans cette biographie, ne ressemble à une leçon. Un homme a reçu un chiffre ; il a répondu par un billet d’avion et deux livres. Il compte ses marches, il attend dans des halls d’hôpital, il dîne sur un lac, il écrit des polars liégeois et des guides de Bangkok. Il ne dit pas que c’est héroïque. Il dit que c’est vivant.

Ce qui reste, à la fin, c’est une voix. Pas celle d’un malade qui témoigne — celle d’un écrivain qui a compris que le temps n’est pas illimité et qui s’en sert comme d’un matériau. Deux livres vrais, et derrière eux une vie qui continue : des marchés, des trains, des repas, des livres.

L’envie de vivre pleinement n’est pas une revanche sur la maladie. C’est une habitude : se lever, sortir, compter les marches, s’arrêter, repartir. Et quand le souffle manque, regarder ce qui reste — puis le dépenser.

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