À Liège, les escaliers sont partout. Mais un seul a une vraie réputation : la Montagne de Bueren, 374 marches tirées au cordeau, du quartier Hors-Château jusqu’aux abords de la Citadelle. Voici son histoire, la part de légende qui l’entoure, la vue qui attend en haut, les Coteaux à explorer ensuite, la fête des bougies et les conseils de Mr Schaka pour la gravir sans se presser.
Montagne de Bueren : un escalier militaire du XIXe siècle
Malgré son nom, la Montagne de Bueren n’est pas une montagne. C’est une rue en escalier, en briques et en pierre, qui grimpe en ligne droite sur la colline de la Citadelle. Selon les sources, elle a été construite entre 1875 et 1881 ; la date de 1881 est la plus souvent citée.
Son but était très concret. En haut se trouvait la Citadelle et sa garnison, en bas le centre-ville. Les soldats empruntaient jusque-là la rue Pierreuse, étroite et réputée agitée. L’escalier leur offrait un chemin direct et plus rapide vers la ville. Il longe en partie le tracé d’anciens remparts du XVe siècle.
La pente atteint environ 30 %. Des paliers, avec quelques bancs, coupent heureusement la montée. Le bas de l’escalier donne sur la rue Hors-Château, à quelques minutes à pied de la rue Féronstrée et de la place Saint-Lambert.
Vincent de Bueren et les 600 Franchimontois : l’histoire et la légende
Le nom rend hommage à Vincent de Bueren, un défenseur de Liège au XVe siècle. En octobre 1468, la ville est assiégée par Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, accompagné du roi de France Louis XI. Dans la nuit du 29 au 30 octobre, un groupe d’hommes conduit par Vincent de Bueren et Gossuin de Streel tente une sortie désespérée : surprendre le camp ennemi et capturer, voire tuer, le duc et le roi.
L’attaque échoue. La tradition retient le chiffre de 600 Franchimontois, presque tous tués, et leurs chefs avec eux. Liège tombe aussitôt après et la ville est mise à sac puis incendiée. L’épisode est resté l’un des grands récits de la mémoire liégeoise.
Bon à savoir : beaucoup racontent que les 600 sont montés par cet escalier. C’est impossible : il n’existait pas en 1468. L’office du tourisme de Liège le rappelle lui-même. Les historiens discutent aussi le chiffre exact de 600 et l’origine de ces hommes. L’escalier est un hommage, pas le lieu de la bataille.
« L’escalier le plus extrême du monde » : d’où vient ce titre ?
On lit souvent que la Montagne de Bueren est « l’escalier le plus extrême du monde ». La formule vient d’une liste publiée en 2013 par le site américain The Huffington Post : un classement de sept escaliers spectaculaires, présentés comme des « favoris » de la rédaction, où Liège arrivait en première place.
Il s’agit donc d’un palmarès journalistique, pas d’une mesure officielle. L’article lui-même précisait que ses choix n’étaient pas forcément les plus hauts ni les plus raides. Il reprenait d’ailleurs la légende des patriotes montant les marches. Le titre a fait le tour du monde et attire depuis des visiteurs curieux, appareil photo à la main.
Certains en ont fait un terrain de défi. En juillet 2020, l’explorateur belge Louis-Philippe Loncke a monté et descendu l’escalier 135 fois avec un sac de 15 kg pour simuler l’ascension de l’Everest. Rien ne vous oblige à l’imiter.
La vue d’en haut et les Coteaux de la Citadelle
À mesure que l’on monte, les maisons s’écartent et le regard passe au-dessus des toits. En haut, Liège s’étale à vos pieds : les clochers, la vallée de la Meuse, les collines en face. C’est l’un des plus beaux points de vue de la ville. On y trouve un mémorial et le départ de sentiers de promenade.
La Montagne de Bueren est aussi une porte d’entrée vers les Coteaux de la Citadelle : environ 90 hectares de verdure en plein centre, en partie classés Natura 2000. Un sentier relie la rue Pierreuse à l’escalier, en passant par des terrasses herbeuses, les ruines de l’ancien couvent des Minimes, une tour médiévale et de hauts murs en grès houiller. On marche à hauteur des toits, au calme, à deux pas des rues animées.
Une boucle balisée d’environ 5,5 km permet d’en faire le tour en deux heures et demie environ. Les chemins sont parfois raides : prévoyez de bonnes chaussures. Si vous aimez les lieux qui racontent des histoires, Mr Schaka a aussi rassemblé les lieux liégeois des enquêtes du Carnet d’Oscar.
La Nocturne des Coteaux : 374 marches à la bougie
Pendant des années, la Nocturne des Coteaux de la Citadelle a eu lieu le premier samedi d’octobre. Ce soir-là, les marches sont bordées de bougies et les ruelles du quartier accueillent musiciens et artistes de rue. En 2024, pour la 26e édition, 1 596 bougies éclairaient les 374 marches et la police estimait le public à environ 30 000 personnes.
La formule a changé. Après une année sans édition, pour des raisons financières, l’événement est devenu le Week-end des Coteaux et s’est tenu au printemps, les 4 et 5 avril 2026. Les marches étaient de nouveau illuminées dès 20 h, avec des installations lumineuses sur les Coteaux. Les dates des prochaines éditions sont à vérifier auprès de l’office du tourisme de Liège.
Conseils pour monter les 374 marches
- Partez d’en bas. La montée offre la vue qui s’ouvre peu à peu ; la descente, elle, sollicite les genoux.
- Prenez votre temps. Utilisez les paliers et les bancs. Personne ne chronomètre.
- Choisissez votre heure. L’accès est libre et gratuit à toute heure. Le matin et en fin de journée, la lumière est plus douce sur les toits.
- Restez discret. Des gens habitent le long de l’escalier : la ville demande de respecter le calme du lieu.
- Attention à la pluie. Les marches deviennent glissantes. De bonnes chaussures suffisent.
- Si les marches vous posent problème : la rue Pierreuse, une rue pavée en pente, monte aussi vers les Coteaux, plus progressivement. L’escalier et les sentiers ne sont pas adaptés aux personnes à mobilité réduite.
Bon à savoir : Mr Schaka vit avec une fibrose pulmonaire interstitielle. Pour lui, ces marches se comptent une à une, palier après palier, et la vue n’en est que plus belle. Si vous avez une maladie respiratoire ou cardiaque, parlez-en à votre médecin avant un effort de ce type. Il en parle à propos de son roman La Saison du souffle.
Dans la série policière de Mr Schaka, Le carnet d’Oscar, un chapitre s’intitule d’ailleurs « Les 374 marches ». L’escalier fait partie du décor liégeois des enquêtes, comme les ruelles, les places et les collines qui l’entourent. Et si vous restez dans la région, pensez aussi à visiter le château de Waroux.
Questions fréquentes
Combien de marches compte la Montagne de Bueren ?
374 marches, en ligne droite, avec une pente d’environ 30 % et des paliers pour souffler.
Combien de temps faut-il pour monter ?
Comptez une dizaine de minutes avec quelques pauses. Prenez-en davantage si besoin : il n’y a aucune raison de se presser.
Est-ce payant ou fermé la nuit ?
Non. C’est une rue publique, en accès libre et gratuit à toute heure.
Les 600 Franchimontois sont-ils passés par cet escalier ?
Non. L’escalier date du XIXe siècle ; il rend hommage à Vincent de Bueren et à la sortie de 1468, mais n’en est pas le théâtre.














