Pattaya, c’est le bruit, les néons, les jet-skis. Mais au sud de la baie, il existe une colline où la ville se tait. Dans La Saison du souffle, Mr Schaka y emmène ses lecteurs au chapitre 10 : la colline de Pratumnak, couverte d’arbres et de villas, avec une main géante, un grand Bouddha doré et l’un des moments les plus forts du livre.
La colline de Pratumnak, loin du bruit
Pour les derniers jours de Gabriel, son meilleur ami venu de Liège, le narrateur choisit de quitter le bruit. Pratumnak sépare Pattaya de Jomtien, écrit-il, « comme un vieux monsieur sépare deux gamins qui se battent ».
Là-haut, on entend les oiseaux, le vent dans les palmes, et de temps en temps un scooter qui peine dans la montée. On y respire mieux. Ou alors, ajoute-t-il, c’est lui qui y respirait mieux, ce qui revient au même. Pour un homme atteint de fibrose pulmonaire, cette nuance compte.
Assis dans la main d’une géante
Au bord de la falaise, un café avec une terrasse en bois domine la mer. Au milieu trône une tête de femme haute comme une maison : cheveux en gazon vert semés de roses, grands yeux bleus, lèvres rouges, visage d’une sérénité absolue. Devant elle, sa main sort du sol, paume ouverte vers le ciel, avec des ongles peints de coquillages. On peut s’asseoir dedans.
Le narrateur s’y assoit, évidemment, en maillot de l’Argentine et en crocs. Gabriel, nourri de Kaamelott, y voit aussitôt la Dame du Lac, prête à lui remettre Excalibur. Réponse du narrateur : elle lui a déjà donné un dragon, il ne faut pas abuser. Sur la photo, la géante semble le tenir comme on tient un oiseau tombé du nid.
Il reste longtemps dans cette main de béton, la mer derrière lui, et devant, Chu et Gabriel qui se disputent gentiment l’addition, chacun dans sa langue. Une bonne place, écrit-il, pour regarder les gens qu’on aime.
Le grand Bouddha et l’escalier aux nagas
Tout en haut de la colline, un grand Bouddha doré, assis, regarde la baie de Pattaya avec une patience infinie. On y monte par un escalier. Évidemment. En Thaïlande, rappelle le livre, tout ce qui est sacré est en haut, et tout ce qui est en haut se mérite.
L’escalier est gardé par deux nagas, deux grands serpents aux écailles vertes et dorées qui descendent le long des rampes, la gueule ouverte au pied des marches. Le naga est le serpent sacré qui a protégé le Bouddha de la pluie en déployant ses têtes au-dessus de lui. Depuis, on le place le long des escaliers des temples, comme une rampe qui garde le passage entre le monde d’en bas et celui d’en haut. Le narrateur, lui, en aurait bien installé une dans chaque escalier de sa vie.
Le jour où il a pris le bras de Chu
L’escalier n’est pas long. Mais ce jour-là, le souffle a déjà fait ses comptes. Gabriel le comprend avant tout le monde : il annonce qu’il va voir s’il y a un distributeur de boissons en haut et grimpe les marches deux par deux, sans se retourner. Il les laisse seuls.
Au pied des marches, entre les deux gueules de serpent, Chu tend simplement son bras, plié, à la hauteur de sa main. Pendant tout le voyage, il l’avait refusé : à l’aéroport, au skytrain, sur la colline du chedi en Isan. Accepter ce bras, c’était comme signer quelque chose. Ce jour-là, il le prend.
Ils montent ensemble, au rythme de Chu, devenu le sien. Et cette fois, pendant les pauses, personne ne fait semblant de regarder la vue : ils la regardent vraiment. En haut, Gabriel les attend sur un banc avec trois bouteilles d’eau fraîche. Il ne dit rien. Le narrateur, lui, tire de ce jour une leçon toute simple : « se laisser aider n’enlève rien. Ça ajoute quelqu’un. »
Pattaya, côté lumières
Le soir, tous les trois descendent jusqu’au ponton de Bali Hai, au bout de Walking Street, d’où partent les bateaux pour les îles. Sur la colline de Pratumnak, l’enseigne PATTAYA city brille en violet au-dessus de la mer, « comme à Hollywood, mais en plus modeste et en plus sincère ». Chu prend une dernière photo des deux Liégeois. Ils y ont l’air de deux types qui ont tout leur temps.
Si vous passez par Pattaya, gardez une demi-journée pour Pratumnak. Et si quelqu’un vous tend le bras au pied d’un escalier, prenez-le.














