Sur le plateau de Hesbaye, à quelques kilomètres de Liège, une flèche d’ardoise pointe au-dessus des arbres d’Alleur. C’est le château de Waroux : un donjon carré, une enceinte ronde en silex, des douves, et sept siècles d’histoire. Guerres privées, comtes, chanoines, résistants et officiers américains : ses murs en ont vu passer. Voici son histoire, de ses origines médiévales à aujourd’hui.

Où se trouve le château de Waroux ?
Le château se dresse rue de Waroux, à Alleur, un village rattaché à la commune d’Ans, dans la province de Liège. Il est bâti à environ 182 mètres d’altitude, l’un des points les plus élevés de la Hesbaye, ce qui explique pourquoi sa flèche élancée se voit de si loin. Autour : des champs, une ferme, un parc classé et une longue drève de tilleuls centenaires.
Une seigneurie médiévale
Au XIIIe siècle, Waroux est une seigneurie qui dépend du comté de Looz (l’actuel Limbourg belge). Elle appartient à une famille qui porte le nom du lieu : les de Waroux. Un certain Breton le Jeune est déjà cité en 1234.
Le château actuel garde la trace de ces origines : son donjon à base carrée et son enceinte circulaire en silex et en grès, haute et seulement percée de meurtrières, sont médiévaux. Il aurait été bâti vers 1300, en pleine guerre contre les Awans. C’est l’un des rares châteaux circulaires de Belgique.
1298-1335 : la guerre des Awans et des Waroux
Le nom de Waroux reste attaché à l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire de la principauté de Liège : la guerre des Awans et des Waroux. Pendant près de quarante ans, de 1298 à 1335, deux grands lignages de Hesbaye et leurs alliés se sont affrontés. Tout serait parti d’un mariage secret… Nous racontons cette histoire digne d’un roman dans un article à part : La guerre des Awans et des Waroux.
Le domaine en a gardé des cicatrices. Un moulin à vent existait à Waroux en 1323 : il est détruit pendant la guerre, puis sans doute reconstruit au même endroit, puisqu’un texte de 1609 parle d’un « neuf moullin ».
Parmi les seigneurs de la lignée, on retient Guillaume II, dit le Jeune, chef des Waroux au début du conflit, Raes de Warfusée, tué en 1327, et un autre Raes de Warfusée, bourgmestre de Huy, mort sans héritier direct en 1407.
Les Merode, comtes de Waroux
En 1525, après des siècles, le domaine quitte la famille de Waroux par mariage. Il passe à Richard de Merode (mort en 1539), époux d’Agnès de Warfusée. Les Merode, l’une des plus grandes familles nobles des anciens Pays-Bas, le gardent plus d’un siècle et demi : Guillaume, puis Jean, fait comte de Waroux en 1623, un autre Jean, Eitel-Frédéric, et enfin son fils Alexandre, qui n’a que trois filles.
Les Clercx de Waroux et le château du XVIIIe siècle
À la fin du XVIIe siècle, les sœurs de Merode vendent le domaine à Michel Clercx : des briques datées de 1696 portent encore ses armes. La famille Clercx de Waroux y vivra jusqu’en 1925.
C’est elle qui donne au château son visage actuel. La cour intérieure polygonale mêle briques et pierre de taille, et les salles reçoivent un décor raffiné à la fin du XVIIIe siècle : stucs, cheminées à pilastres cannelés, et des toiles du peintre liégeois Pierre-Michel de Lovinfosse. En face, la ferme est agrandie : une aile d’habitation datée de 1645, trois ailes de 1724, et un porche-colombier de 1724 frappé des armes des Clercx.
Le secret de la salle Lovinfosse : l’une des toiles, à droite de la cheminée, s’ouvre et révèle un autel pliant. Pendant la Révolution française, on y célébrait la messe en cachette, et l’on pouvait y dissimuler un prêtre en cas d’alerte.
Les Everard de Harzir et la Seconde Guerre mondiale
Après 1925, le château est racheté par Francis Everard de Harzir. Pour sa famille, la guerre sera terrible. Francis meurt d’une crise cardiaque à Bruxelles le 10 mai 1940, le jour de l’invasion allemande. Son fils Alain tombe le 28 mai 1940 à Passendale, pendant la bataille de la Lys. Philippe, officier de l’Armée secrète, est abattu le 4 septembre 1944 lors du combat d’Alleur, alors qu’il porte secours à un blessé. Jacques tombe gravement malade en mission militaire en Allemagne en mai 1945 et restera lourdement invalide.
Les Allemands occupent le château dès 1940. Il abrite pourtant, à l’occasion, des aviateurs alliés et des Juifs cachés. En 1944-1945, les Américains installent un hôpital militaire de campagne à Alleur, et ses officiers logent à Waroux. Dans l’actuelle salle des mariages, un miroir porte encore des impacts de balles.
Adèle de Harenne, veuve de Francis, vit au château jusqu’à sa mort en 1982.
De la famille à la commune d’Ans
- 25 octobre 1977 : le château et la ferme sont classés comme monuments.
- 1986 : le château est racheté par le docteur Léon Janssis.
- Janvier 2005 : il devient la propriété de la commune d’Ans.
- Aujourd’hui, il figure parmi le patrimoine exceptionnel de Wallonie. Il accueille des bureaux, des réunions, les mariages des habitants d’Ans et de grandes expositions (Folon en 2006, Rodin en 2007, Félicien Rops en 2008).
Pour découvrir les salles, le parc et la ferme, lisez notre guide Visiter le château de Waroux.
Waroux, un décor pour le carnet d’Oscar
Une flèche qui perce le brouillard de Hesbaye, une vieille vendetta, un autel caché derrière un tableau, des impacts de balles dans un miroir… Le château de Waroux a tout d’un décor de polar. Il se trouve à Alleur, à deux pas de la gare d’Ans et des champs de betteraves que traversent Victor Lenoir et Oscar Blanc dans Le Mur vide, le deuxième carnet d’Oscar.












