Un mariage secret, une jeune femme convoitée, un moulin incendié… et quarante ans de vendetta. Entre 1298 et 1335, la Hesbaye liégeoise s’est déchirée dans une guerre privée entre deux grands lignages : les Awans et les Waroux. Une histoire vraie, qui a décimé une bonne partie de la noblesse du pays de Liège, et dont le château de Waroux, à Alleur, reste le témoin.

La Hesbaye à la fin du XIIIe siècle
Nous sommes dans la principauté de Liège, gouvernée par un prince-évêque. Sur le plateau fertile de Hesbaye, au nord-ouest de la ville, vivent de nombreuses familles de chevaliers, liées entre elles par le sang, le mariage et l’amitié. On parle de lignages. Awans et Waroux sont deux villages voisins, aujourd’hui sur les communes d’Awans et d’Ans, à quelques kilomètres seulement l’un de l’autre.
À cette époque, la vengeance privée entre nobles n’est pas un crime comme les autres. La coutume, que l’on rattachait à une « loi Charlemagne », leur laisse une large impunité, et un simple serment d’innocence peut suffire à se disculper. Le terrain est prêt pour l’escalade.
Tout commence par un mariage secret
À l’origine de la guerre, il y a une jeune femme : Adèle Poret, orpheline du village d’Awans. Selon un chroniqueur de l’époque, elle est de condition servile, mais riche en biens et en héritages. Un beau parti.
Humbert Corbeau, seigneur d’Awans, l’a promise à l’un de ses amis. Mais Adèle épouse en secret un autre homme : Hanneceau de Waroux. Furieux, Humbert Corbeau la réclame en vertu de ses droits féodaux auprès du chef du lignage des Waroux, Guillaume le Jeune. La réponse tombe : Adèle est libre, elle peut épouser qui elle veut.
Des moulins en feu, une Hesbaye à feu et à sang
Les Awans tentent alors d’enlever la jeune femme. Hanneceau et Adèle se réfugient derrière les murs du château de Waroux. Ne pouvant les atteindre, les Awans s’en prennent au domaine : ils incendient les moulins et les brasseries de Waroux et ravagent ses terres. Le moulin à vent de Waroux, cité en 1323, sera lui aussi détruit pendant le conflit.
Chaque coup appelle une riposte. Les familles alliées entrent dans la danse, les embuscades et les combats se succèdent. Parmi les victimes, Raes de Warfusée, de la lignée des Waroux, est tué en 1327. La guerre dure trente-sept ans et décime une grande partie de la noblesse hesbignonne.
Le château dans la tourmente : c’est probablement autour de 1300, en pleine guerre, que le château de Waroux reçoit son enceinte circulaire en silex et en grès, haute et seulement percée de meurtrières. Une forteresse pensée pour tenir un siège.
1335 : la paix, enfin
Il faut attendre 1335 pour que les armes se taisent. Épuisés, privés de nombreux chefs de famille, les lignages finissent par faire la paix. La guerre laisse une trace profonde dans la mémoire liégeoise : à la fin du XIVe siècle, le chroniqueur Jacques de Hemricourt en fera le récit, et c’est en grande partie grâce à lui que l’on connaît aujourd’hui cette histoire.
Que reste-t-il de la guerre aujourd’hui ?
- Le château de Waroux, à Alleur, avec son donjon carré et son enceinte ronde d’origine médiévale.
- Le souvenir de la guerre dans les noms de lieux et dans l’histoire locale d’Ans et d’Awans.
- Une histoire qui fascine encore les historiens et les amateurs de récits médiévaux.
Pour la suite de l’histoire du château, des comtes de Merode à la commune d’Ans, lisez Le château de Waroux : sept siècles d’histoire. Et pour y aller, notre guide Visiter le château de Waroux.
Une histoire digne d’un polar
Une rivalité de voisinage qui dégénère, une femme au cœur de toutes les convoitises, des incendies, des vengeances en chaîne : la guerre des Awans et des Waroux a tous les ingrédients d’un roman noir. Sept siècles plus tard, c’est dans ces mêmes paysages de Hesbaye, entre Ans, Alleur et le fort de Loncin, que se déroule l’enquête du Mur vide, le deuxième carnet d’Oscar.











