Gabriel, l’ami de Liège : une amitié en voyage

Deux amis boivent un jus de fruits frais devant une charrette de rue : illustration de La Saison du souffle en BD

Par Mr Schaka ·

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Il suffit d’un message : « On part en voyage avec Chu. Je viens te chercher à l’aéroport. » La réponse arrive aussitôt : Gabriel prend ses congés dès le lendemain. Dans La Saison du souffle, Mr Schaka consacre un chapitre entier à Gabriel, l’ami de Liège, celui à qui il n’a jamais rien eu besoin d’expliquer. Deux semaines de Thaïlande, beaucoup de fous rires, et une amitié qui se passe très bien des grands mots.

L’ami de Liège débarque à Bangkok

Gabriel sort des portes automatiques de Suvarnabhumi après quatorze heures d’avion, froissé, le crâne rasé, la barbe grisonnante, une casquette beige vissée sur la tête et déjà des claquettes aux pieds. Un grand gaillard, « comme une armoire de famille qu’on a toujours connue dans le couloir ».

Sa première phrase est une blague : c’est donc ici que les Belges viennent finir leurs jours ? Tous deux entendent ce qu’il y a dessous, et le narrateur éclate de rire. Seul Gabriel pouvait la dire, et seul lui pouvait en rire. Puis l’ami le serre longtemps dans ses bras, et le narrateur le sent mesurer, sans un mot, ses épaules, son dos, sa respiration.

Le vieux Bangkok à hauteur d’homme

Pour ses deux premiers jours, le narrateur a choisi Banglamphu, le vieux quartier au bord du fleuve, où rien ne doit dépasser les flèches du Grand Palais. Un Bangkok bas, presque sans escaliers. L’hôtel a un ascenseur : il l’a vérifié avant de réserver.

Gabriel découvre tout avec la ferveur d’un néophyte :

  • la douchette accrochée près des toilettes, qu’il regarde comme une arme avant de conclure qu’il faudrait la même en Belgique ;
  • le riz frit au petit-déjeuner, à la place des croissants, dont il reprend une assiette ;
  • la cuillère, pas la fourchette, qui sert seulement à pousser : au troisième repas, c’est lui qui corrige son ami ;
  • les smoothies des charrettes de rue, tous goûtés dans l’ordre de la carte avant de proclamer que le Graal, c’est l’orange pressée glacée.

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Tuk-tuks et caleçons en 4XL

Au premier tour de tuk-tuk, Gabriel cherche la ceinture de sécurité, se cramponne à la barre et crie, sans savoir si c’est de peur ou de joie. Au deuxième, il négocie vingt bahts de réduction et, très fier, en laisse cinquante de pourboire. Au troisième, il s’installe comme dans un fauteuil et demande au chauffeur d’accélérer. En trois tours de ville, note le livre, un Liégeois prudent est devenu un Thaï.

Au MBK Center, il faut l’habiller. Un XL de Bangkok, c’est un M de Liège. La vendeuse grimpe sur un tabouret pour lui plaquer les t-shirts contre le torse, sort les 3XL et les 4XL du fond de la boutique, puis tend un caleçon à bout de bras devant lui, en pleine allée, pour juger de la largeur. Gabriel vire au rouge, elle rit à devoir s’asseoir. En Thaïlande, ce rire a un nom : sanuk, le plaisir que les choses soient drôles.

L’ascenseur qui attendait poliment

Une nuit, en rentrant à deux heures du matin, les deux amis montent dans l’ascenseur de l’hôtel. Les portes se ferment. Rien ne bouge. Gabriel tente d’écarter les portes, lit à voix haute les consignes d’urgence écrites entièrement en thaï, puis lève le doigt vers l’alarme… et s’arrête. Aucun bouton n’est allumé. Depuis cinq minutes, l’ascenseur attendait poliment qu’on lui indique un étage. Gabriel appuie sur le cinq. Ils rient jusqu’à la chambre. Sa conclusion : leur amitié tient tout entière là-dedans, ils sont capables de tout, sauf d’appuyer sur le bon bouton.

Billard, Puissance 4 et Kaamelott

À Pattaya, dans un petit bar au bout d’une rue qui donne sur la mer, chaque table a son Puissance 4 et le fond de la salle, son billard au tapis râpé. Gabriel perd sa première partie en onze coups, la deuxième en neuf, puis lâche un « Sire, on en a gros ! » que personne ne comprend. Ensuite il étudie la grille, et finit la soirée à tenir tête à la moitié du bar. Le narrateur, lui, prend une queue de billard : pas besoin de souffle, juste d’un œil et d’une main. Il gagne neuf parties sur dix.

Un soir, sur un toit, un fou rire autour d’une réplique de Kaamelott se change en toux, la mauvaise, celle qui ne s’arrête pas. Gabriel pose la main à plat sur le dos de son ami et attend. Puis il demande le chiffre. Soixante-quatre. Il se souvient de soixante et onze, l’année d’avant, entendu une seule fois au téléphone. Après un long silence, il tranche : on a deux semaines, ce n’est pas pour faire des maths.

Le dernier matin, sur le trottoir, deux Liégeois qui ne savent pas se dire au revoir. Gabriel lance par la fenêtre de la voiture, avec le sérieux de Perceval : « Faut pas respirer la compote. » Le narrateur rit, tousse, puis rit encore.

Couverture du livre

Le livre

La Saison du souffle : le récit vrai d’une saison en Thaïlande, avec une femme qu’on aime, un ami de Liège et beaucoup de fous rires.

Le courrier de Mr Schaka

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