Voyager responsable en Thaïlande, ce n’est pas renoncer au plaisir du voyage : c’est faire quelques choix simples qui protègent les animaux, la mer et les gens qui nous accueillent. Après de longs séjours entre Bangkok et l’Isan, j’ai pris des habitudes qui ne coûtent presque rien et qui changent beaucoup. Voici comment voyager responsable en Thaïlande, sans culpabiliser et sans se compliquer la vie.
Les éléphants : choisir un sanctuaire sans monte
L’éléphant est le symbole du pays, et c’est aussi l’animal qui souffre le plus du tourisme. Pour qu’un éléphant accepte d’être monté, de faire des tours ou de peindre, il a généralement été dressé très durement quand il était jeune. Les associations de protection animale déconseillent donc les balades à dos d’éléphant, les spectacles et les séances de peinture.
Elles déconseillent aussi, de plus en plus, le bain avec les éléphants et les contacts rapprochés, même dans des lieux qui se disent « sanctuaires » : ces activités restent une forme de spectacle et un risque pour les animaux comme pour les visiteurs. Un bon lieu, c’est un endroit où l’on observe les éléphants de loin, qui marchent, mangent et se baignent entre eux, avec un nombre de visiteurs limité.
Avant de réserver, je me pose trois questions : est-ce qu’on y monte les éléphants ? Est-ce qu’on les fait jouer ou se baigner avec les touristes ? Est-ce qu’il y a des bébés présentés comme une attraction ? Si la réponse est oui à l’une d’elles, je passe mon chemin. Et pour voir des éléphants vraiment sauvages, le plus beau reste un parc national, comme le parc national de Khao Yai, avec un garde ou un guide, à bonne distance.
La même logique vaut pour les autres animaux : pas de photo avec un tigre, un singe en laisse ou un loris, pas de spectacle de crocodiles ou de singes.
Le plastique et l’eau
En Thaïlande, on boit l’eau en bouteille ou filtrée, pas celle du robinet. Sur un séjour de plusieurs semaines, cela fait vite des dizaines de bouteilles. Mes gestes simples :
- J’ai une gourde solide et je la remplis aux fontaines filtrées de ma guesthouse, de mon hôtel ou aux distributeurs d’eau qu’on trouve dans beaucoup de quartiers et de villages, pour quelques bahts.
- Depuis 2020, les grandes chaînes de magasins ne donnent plus de sacs plastique gratuits. Je garde un sac en tissu pliable dans mon sac à dos.
- Au marché et dans la rue, je dis « mai ao toung » (je ne veux pas de sac) ou « mai ao lot » (pas de paille) quand je n’en ai pas besoin.
- Pour le café ou le jus à emporter, j’utilise mon propre gobelet quand c’est possible.
Ce ne sont pas des gestes héroïques, mais répétés pendant un mois, ils évitent un vrai petit tas de déchets.
Respecter les temples et les moines
Les temples ne sont pas des musées : ce sont des lieux de prière et de vie. J’y entre les épaules et les genoux couverts, j’enlève mes chaussures quand il le faut, je parle doucement et je ne tourne pas mes pieds vers une statue de Bouddha ou vers un moine. Je ne monte jamais sur une statue pour une photo et je ne me mets pas dos à un Bouddha pour un selfie comme si c’était un décor.
Avec les moines, quelques règles simples : une femme ne doit pas les toucher ni leur tendre un objet directement de la main à la main ; on pose l’objet devant eux ou on passe par un homme. Dans les transports, on leur laisse la place. Si vous assistez à l’aumône du matin, restez discret, ne mettez pas votre appareil sous leur nez, et ne participez que si vous le faites avec respect, pas pour la photo. J’ai rassemblé ces usages dans mon article sur le savoir-vivre en Thaïlande.
Se déplacer autrement
Les vols intérieurs sont pratiques et pas chers, mais ils ne sont pas toujours nécessaires. Le pays a un bon réseau de trains et de bus, et c’est une façon magnifique de voir les paysages :
- Le train de nuit entre Bangkok et Chiang Mai remplace un vol et une nuit d’hôtel. Les couchettes se réservent à l’avance sur le site officiel des chemins de fer thaïlandais, la SRT, surtout en haute saison.
- Les bus et minibus relient presque toutes les villes, y compris vers les ports pour les îles.
- À Bangkok, le métro aérien, le métro souterrain et les bateaux sur le fleuve sont rapides, bon marché et évitent les embouteillages.
- Sur place, je loue un vélo quand la ville s’y prête, et je marche beaucoup.
Moins de vols, c’est aussi plus de temps passé au sol, dans des villes que l’on n’aurait pas vues autrement.
La mer, les coraux et la faune marine
Les récifs thaïlandais sont fragiles et ont déjà souffert de la chaleur de l’eau et de la surfréquentation. Plusieurs règles existent pour les protéger. Dans les parcs nationaux marins, les crèmes solaires contenant certaines substances jugées toxiques pour les coraux sont interdites : oxybenzone, octinoxate, 4-méthylbenzylidène camphre et butylparabène. L’amende peut aller jusqu’à 100 000 bahts. Je choisis donc une crème sans ces composants, et je porte un t-shirt anti-UV pour en utiliser moins.
En snorkeling ou en plongée, je ne touche pas les coraux, je ne marche pas dessus, je ne nourris pas les poissons et je ne ramasse ni coquillages ni morceaux de corail. Certains sites ferment chaque année pour laisser la nature se reposer : la célèbre Maya Bay, par exemple, est fermée environ d’août à fin septembre, et plusieurs parcs marins ferment pendant la mousson. Vérifiez les dates avant de partir. Pour choisir votre destination, mon article quelle île choisir en Thaïlande peut aider.
Je préfère aussi les excursions en petits groupes, avec des opérateurs qui expliquent les règles avant la mise à l’eau, plutôt que les bateaux bondés qui enchaînent cinq îles dans la journée.
Soutenir l’économie locale
Le voyage responsable, c’est aussi faire en sorte que l’argent dépensé reste dans le pays et dans les familles. Ce n’est pas compliqué :
- Je mange dans les stands de rue, les petites cantines et les marchés. C’est souvent meilleur, et l’argent va directement à ceux qui cuisinent.
- Je dors dans des guesthouses familiales ou des homestays communautaires, surtout à la campagne.
- J’achète l’artisanat directement aux artisans ou dans les marchés de village, plutôt que des souvenirs fabriqués en série.
- Je fais appel à des guides locaux pour les randonnées et les visites de villages.
- Je négocie avec le sourire et sans excès : quelques bahts de différence comptent plus pour le vendeur que pour moi.
Mes conseils pratiques
- Pas de balade, de spectacle ni de bain avec les éléphants : choisissez un lieu d’observation seulement.
- Emportez une gourde et un sac en tissu dès le premier jour.
- Prévoyez une tenue couvrant épaules et genoux pour les temples.
- Femmes : ne touchez pas un moine et ne lui tendez rien de la main à la main.
- Prenez le train ou le bus quand le trajet le permet.
- Achetez une crème solaire sans oxybenzone ni octinoxate avant d’aller dans un parc marin.
- Ne touchez ni coraux ni animaux marins, et vérifiez les dates de fermeture des parcs.
- Mangez, dormez et achetez local.
Questions fréquentes
Comment savoir si un sanctuaire d’éléphants est vraiment éthique ?
Un lieu éthique ne propose ni monte, ni spectacle, ni bain avec les touristes. On y observe les animaux à distance, en petit groupe, et les visites ne sont pas présentées comme un contact avec les éléphants.
Peut-on boire l’eau du robinet en Thaïlande ?
Ce n’est pas conseillé. Utilisez l’eau filtrée de votre hébergement ou les distributeurs d’eau des quartiers pour remplir votre gourde.
Quelle crème solaire emporter pour les îles ?
Une crème sans oxybenzone, octinoxate, 4-méthylbenzylidène camphre ni butylparabène, ces substances étant interdites dans les parcs nationaux marins. Lisez la liste des ingrédients, pas seulement la mention « reef safe ».
Voyager responsable coûte-t-il plus cher ?
Pas forcément. Le train, les stands de rue et les guesthouses familiales sont souvent moins chers que les alternatives. Seules certaines activités éthiques, comme un vrai sanctuaire d’éléphants, coûtent un peu plus, et c’est normal.














